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© SITE OFFICIEL DU
" VILLAGE DANS
LES NUAGES"
Dâte de création juin 2003



















































































































































































































































































































































































































































































































































Jean Paul Potonet
Réalisateur sur le Village dans les nuages
Collaborateur de Christophe Izard

Interview Réalisée par Emmanuel © Octobre 2004
Jean Paul Potonet ©



Quelles formations avez vous ?
IDHEC

Comment êtes vous rentré dans le monde de l’audiovisuel ?
En 1970, j’ai été recruté directement comme assistant-réalisateur permanent par
l’ORTF grâce à mon diplôme.
La vie était facile en ce temps-là…

Quelles sont les circonstances qui vous ont amenées à intégrer l’équipe de Christophe Izard ?
A l’époque, il y avait un planning central qui affectait les assistants aux différentes émissions. J’ai ainsi collaboré à la Lanterne magique, comédie musicale loufoque
réalisée par Pierre .Desfons sur un scénario de Christophe.
Il y avait Charles Trenet , les Charlots, Sheila, Polnareff, Zitrone, Dani,Carlos,, etc…
Quand Casimir est remonté de Marseille à la SFP vers 1975, le planning m’a proposé
de travailler sur l’émission (ça n’était pas un plein temps, c’était au rythme
des tournages aux studios de Joinville)...Ca a bien collé avec Christophe.

Que faisiez vous avant de collaborer à cette équipe ?
Assistant-réalisateur sur tout ce qui se faisait à la télé à l’époque .
Il n’y avait pas de spécialisation : fiction qu’on appelait pas encore télé-film
dramatiques en studio, documentaire, variétés,etc…

Sur quels programmes avez vous travaillé en particulier?
La lanterne magique. L'Ile aux enfants. Village dans les nuages.
La lanterne magique : c’était du film.
Casimir, Village dans les nuages : c’était de la vidéo multicaméra.
Ca se rapproche des conditions de tournage actuelles du sitcom, mais avec
les problèmes des marionnettes en plus.

Combien de temps avez vous travaillé sur les émissions de Christophe Izard ?
pour Casimir : un an ou deux vers 78,79 (ponctuellement).
A temps plein pour le Village (de 82 à 85 ).
Une fois (un peu plus tard) sur Dingue- dongue.

Quel était votre rôle exacte au sein des équipes de Christophe Izard ?
Assistant-réalisateur,
j’étais l’assistant du réalisateur et non de Christophe. Cependant, pour Le village
dans les nuages, qui se tournait régulièrement aux Buttes, un poste d’assistant –réalisateur à plein temps a été nécessaire.
Je partageais donc le bureau de Christophe avec ses assistantes comme Joëlle Bellayer. On travaillait en équipe.
C’est sur la même émission que je suis devenu réalisateur (en 1983).
La seconde assistante-réalisatrice habituelle, Elena Racheva est alors devenue première assistante.

Vous étiez donc au départ assistant-réalisateur sur l’Ile aux enfants, puis vous êtes devenu réalisateur sur le village…
Pouvez vous expliquer aux néophytes que nous sommes en quoi consiste techniquement le travail de l’assistant-réalisateur et celui du réalisateur ?

L’assistant prépare le tournage : recensement des accessoires, costumes, lieux de tournage (en extérieur).Il établit un planning de la présence des comédiens
en fonction du scénario. (plan de travail).Sur le plateau, il coordonne les différents
corps de métier en fonction des demandes du réalisateur, il veille à ce que planning
soit respecté, il établit le planning du lendemain en fonction des aléas du tournage
(retard éventuel, etc..) : c’est la feuille de service.
Le réalisateur met en scène les comédiens : déplacements, indications de jeu, etc…
Il choisit également les caractéristiques de l’image : emplacement de la ou des
caméras, grosseur des plans, panoramique, travelling, etc..
Il choisit également les caractéristiques de l'image et du son.
Nos émissions se faisaient en multicaméras (trois caméras : à l’époque ça coûtait cher
on allait rarement au delà de cinq).
Ca permet des minutages importants (20 minutes par jour alors qu’on faisait à l’époque environ 4 minutes en mono caméra film). Mais c’est un exercice assez difficile pour le réalisateur qui doit commuter entre les caméras en temps réel (piloté par la script qui a noté le « découpage » (ordre et fonctions des caméras et qui indique à l’avance aux cadreurs ce qu’ils ont à faire). Un réalisateur un peu expérimenté se permet des improvisations…A l’époque, il y avait très peu de temps de montage (cher et compliqué).
On pouvait donc corriger quelques petits défauts après coup, mais très peu.
Aujourd’hui, il n’y a plus de vrai enregistrement « dans les conditions du direct », on enregistre chaque caméra et tout se fait au montage. C’est beaucoup plus facile et le résultat est meilleur. On a perdu peut-être un peu de spontanéité et l’amour du « sport », du « sans-faute » en direct.

Comment définiriez vous Christophe Izard en tant que producteur ?
Il est un modèle reconnu de toute la profession. Il a formé un nombre impressionnant d’assistants et d’assistantes à la production qui sont souvent devenus de grands professionnels comme Catherine Malaval. Il a lancé des présentateurs –vedette. Il a également lancé de nombreux réalisateurs (dont moi…).
Il était très aimé en tant que patron, car il savait exactement ce qu’il voulait, connaissait tous les métiers. Il était lui-même réalisateur (en régie) du Village dans les nuages de temps à autre et se débrouillait très bien. Il pouvait être dur en cas d’indiscipline ou d’incompétence, mais ceci était respecté car on savait ,car il avait très généralement raison.
C’était également un grand scénariste avec la rapidité que lui avait enseigné sa formation dans la presse écrite : il réécrivait un scénario en 3 minutes sur un coin de table.
Et n’oublions pas Christophe convivial, les pots de fin de tournage, les dîners chez lui.

Quelles étaient les conditions générales de travail ?
Les normes de production étaient très dures pour les comédiens : 20 minutes de fiction fabriquées par journée, dans les conditions du direct comme on dit maintenant
ça voulait dire des tartines de texte à apprendre. Et puis, la torture des costumes , la chaleur pour Yves Brunier et Camoin et les autres marionnettistes des grandes marionnettes

Pour les techniciens, c’était plutôt facile. Pour les réalisateurs, sur Casimir il fallait aller très vite et seuls les bons réalisateurs de.multicaméra s’en sortaient.
Pour le Village, c’était plus facile .Il y avait de la marge. Il suffisait d’être un bon pro. J’ai pu apprendre tranquillement le métier , entouré et protégé par mes copains de la SFP.
Il y a un moment que j’aime bien dans le film de Tavernier sur les studios de Boulogne pendant la guerre de 40. Le héros est un assistant-réalisateur qui passe réalisateur parce que le réalisateur n’est plus en état de travailler.
J’ai connu exactement ça.
Tous les copains vous encouragent, sont aux petits- soins.
Vous avez l’impression d’être un nabab qui n’a qu’à lever le doigt…
Vous avez peur et en même temps, vous êtes sur un nuage.


Pouvez vous nous indiquer sommairement le nombre de postes nécessaires à la réalisation totale d’un tel programme, et leur travail respectif ?

Quand je vois les génériques d’aujourd’hui (avec des dizaines, voir plus de cent postes), je me demande comment on peut prétendre que nous n’étions pas rentables….
Sur le Village (les nombres sont approximatifs)
- Un directeur de la photo (qui assure la lumière) avec 3 ou 4 électriciens
- Un chef –opérateur du son avec trois assistants (comme le réalisateur ,il doit commuter entre les micros au moment du tournage, avec la contrainte des micros HF et les effets sonores à envoyer en direct (il n’y avait pas de mixage –son ultérieur) c’était sans doute lui qui avait le plus de boulot.
- 3 (ou 4) cadreurs avec leurs travellistes : sur le Village, on avait une grue avec laquelle je me suis beaucoup amusé à faire des beaux mouvements ; c’est sur le Village qu’est apparue la première femme chef-opérateur du son en multicaméra de la SFP ;
- un accessoiriste (meubles et accessoires fourni par l’ensemblier
- un machiniste de plateau (petites modifications, maintenance du décor)
- deux habilleuses (costumes fournis par le costumier)
- une maquilleuse
- un chef de plateau
- les techniciens de la vidéo : réglage des caméras, enregistrement sur magnétoscope.
- l’assistant réalisateur avec le deuxième assistant
- les assistantes de production (une par tournage), œil de Christophe sur le tournage
- un balayeur.
Ultérieurement, il y avait du montage, mais uniquement pour assembler les séquences et les intercalaires.
Comme déjà indiqué, était « tolérés » des petits correctifs au tournage mais très, très peu..

Avez vous participé à la réalisation des séquences intercalaires de Casimir ou du village ?
Non

Dans quelles conditions étaient elles réalisées ?
Dessins animés fabriqués par des sociétés privées donc en dehors de la SFP.
A noter les petits spots drôlissimes de Jean-Louis Fournier , l’ami et le mentor de Desproges (Les boules et les cubes, la Vache Noiraude...).


Ou était tourné le village dans les nuages ?
Studio 16 Buttes-Chaumont. Décor fixe (en général les décors étaient démontés entre les tournages pour laisser la place à un autre tournage, par exemple pour Casimir, mais pour le Village, c’était un décor fixe, qui a donc beaucoup marqué les Buttes à cette époque.).
Il faut se rappeler que presque toute la télévision (les trois chaînes) sauf le journal
télévisé se faisait aux Buttes-Chaumont : studios vidéo, salles de montage, bureaux.
Seul le film (télé-films, documentaires) se faisait dans les emprises de Joinville
puis Bry sur Marne.


Auriez vous d’éventuelles anecdotes cocasses, inattendues, ou malheureuses arrivées lors des séances de tournages ?
Il faudrait que je raconte ma vie… 
- Sur L'Ile aux enfants 1 sketch (Casimir) où Terrangle (Du Snob) faisait du trapèze. Il est tombé sur la tête et on a eu très peur.
- Sur le Village, on envoyait les effets sonores en direct. Un scénariste avait imaginé un sketch avec une vache (ça a été difficile pour Scheigam ( Emilien )qui était à portée de coup de sabots), mais surtout quand l’ingénieur du son a envoyé un meuglement sur le plateau pour faire un essai, la vache a cru que c’était une copine et s’est mise à lui répondre et à s’agiter…
- Casimir : le dernier sketch a failli être inédit et porno (soft) , c’était un projet des comédiens, mais une grève nous a perturbé, et puis je crois qu’ils se sont un peu dégonflés.

Ce que j’aurais à dire tient à la bêtise de ceux qui croyaient mieux faire qu’Izard.
En 85, Izard a été remercié et j’ai participé à l’expérience des Botes (Jean Chalopin, alors basé aux Etats-Unis) . Son équipe pensait faire le même genre de programmes, elle a repris, en gros, les mêmes marionnettistes, mais quand les costumes sont arrivés des Etats-Unis fabriqués par les gens qui avaient fait E-T, ils étaient si compliqués que les comédiens ne pouvaient pas y rentrer.
Au cinéma, on fait couramment des plans de quelques secondes. Dans le système « Izard », il fallait rester plusieurs minutes. Les costumes, quoique pénibles à bouger, étaient conçus pour ça. Le « cartoon en prise de vue directe » de Chalopin a été un fiasco.


Comment se déroulaient les tournages ?
Casimir comme le Village dans les nuages était basé sur le système en usage à l’époque :
(Si ma mémoire est exacte) :
Pour Casimir
1 journée de répétition sans caméras
2 jours de tournage pour 5 épisodes (horaire 12H30-19H30) soit 20 minutes de programmes fabriqués par jour.(pratiquement sans montage).
Pour le Village
2 jours de répétition sans caméras
3 jours de tournage pour 7 épisodes (horaire idem et minutage utile idem).
Au moment du tournage, on faisait une mise en place sans costumes, puis les
comédiens s’habillaient pendant que le directeur photo corrigeait la lumière. .
Il fallait éviter de faire plus de deux prises si on ne voulait pas que les comédiens soient définitivement épuisés.
Le principal problème étaient les micros HF dissimulés dans les costumes.
Sous l’effet de l’humidité (dû à la sueur), ils tombaient souvent en panne. Il fallait soit les changer, soit les vaporiser. Cela ralentissait le tournage et surtout prolongeait le « supplice » des comédiens.


Dans certains épisodes de L’ile aux enfants, Léonard est placé dans une petite voiture et se déplace ainsi à divers endroits de l’ile, comment est manipulée léonard lors de ces séquences inhabituelles ?
Je ne me souviens pas d’avoir tourné ça personnellement.

De même pour le village dans les nuages, parfois Emilien ou Oscar sortaient de leur maison, et on les voyaient assis sur des chaises, les jambes tout à fait visibles comment étaient donc manipulées ces marionnettes dans ces positions ?
Le marionnettiste a une main dans la tête du personnage, une autre dans une main.
Il reste donc une main « inerte » et les jambes. Quand on les voit bouger , ça suppose un deuxième, voire un troisième marionnettiste « assistant ».
A noter que les costumiers dont Jean Bouhour (et notre chef-habilleuse, Marie-Claude Nègre) s’amusaient beaucoup à confectionner des tenues souvent très drôles .


Qu’avez vous fait après l’arrêt des émissions de Christophe Izard ?
C’était la fin du Service public . C’est à mes yeux une qualité supplémentaire de Christophe Izard que ne pas avoir fait son trou dans un système commercial
qu’il voyait pourtant arriver avec bienveillance.
Moi, j’ai eu le bon réflexe de me réfugier très tôt sur France3 en région. Quand j’ai Christophe au téléphone, il me demande avec une sorte de remord si tout va bien, sans doute parce qu’il a vu un certain nombre de réalisateurs lancés par lui se retrouver au chômage. Moi, j’ai fait plusieurs dizaines de documentaires, plusieurs milliers d’heures
de direct.
Vivement la retraite… mais tout va bien, Christophe.

Avez vous gardé le contact avec d’autres membres des équipes d’Izard ?
De loin en loin. Pas de vieille amitié.

Anecdote : les marionnettistes à main qui ont fait la célébrité de « Nulle part ailleurs  » viennent de l’équipe d’Izard (Boris Scheigam, Alain Duverne).
Quand je suis parti pour France3 Dijon, ils ont fait un sketch avec un journaliste habillé « plouc » (allure que je cultive personnellement). Il était dit dans le sketch « t’as le costard d’un type en partance pour France3 Dijon ».
Je ne sais toujours pas comment je dois prendre cela, alors je prends ça pour une marque d’amitié… 

D’une manière générale que pensez vous de la télé d’aujourd’hui ?
Ce que tout le monde pense.

Plus spécifiquement que pensez vous de la qualité actuelle des programmes pour enfants à la télé ?
Je ne regarde pas trop. Izard était partisan de programmes « doux ».
Il avait appris son métier auprès de l’équipe américaine de Sesame Street dont le but était d’utiliser la télé pour combler le fossé culturel entre enfants riches et enfants pauvres.
Il respectait les avis de la commission chargée de contrôler la bonne tenue des programmes pour enfants.
On sait que tout ça a été balayé par la télé commerciale.

Pensez vous que des programmes dans le genre de l’île aux enfants ou du village dans les nuages auraient encore leur place sur une chaîne de télé aujourd’hui ?
Bien entendu. Mais il faudrait déjà éliminer la pub, qui se confond totalement aux yeux des enfants avec ces programmes 

Avez vous remarqué le nouvel intérêt porté en particulier aujourd’hui par des jeunes gens âgés d’environ 25/35 ans, sur les programmes jeunesse des années 70/80, et que l’on retrouve déchaînés dans les soirées gloubiboulga night, et qu’en pensez vous ?
J'ai souvent eu de jeunes assistants, assistantes, techniciens, techniciennes, que j’impressionne beaucoup .
C’est gratifiant…

Pensiez vous que ces programmes auraient un tel impact à l’époque ?
Pour Casimir, on voyait bien que ça resterait à la mode très longtemps…que ça entrerait dans la légende. Il faudrait d’ailleurs revoir et sélectionner certains épisodes. Entre le texte et la folie douce des deux premiers marionnettistes, il passait parfois une dose de « non-sens » anglais, un peu de Lawis Caroll, un peu des frères Marx.


Ce texte est la propriété de son auteur et ne peut être réutilisé sans son autorisation

Jean-Paul Potonet © Site internet du Village dans les nuages pour Casimirland.com
Interview Réalisée par Emmanuel Varin© Octobre 2004