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Quelles
formations avez vous ?
IDHEC
Comment
êtes vous rentré dans le
monde de laudiovisuel ?
En 1970, jai été
recruté directement comme assistant-réalisateur
permanent par
lORTF grâce à mon
diplôme.
La vie était facile en ce temps-là
Quelles
sont les circonstances qui vous ont
amenées à intégrer
léquipe de Christophe Izard ?
A lépoque, il y avait un
planning central qui affectait les assistants
aux différentes émissions.
Jai ainsi collaboré à
la Lanterne magique, comédie
musicale loufoque
réalisée par Pierre .Desfons
sur un scénario de Christophe.
Il y avait Charles Trenet , les Charlots,
Sheila, Polnareff, Zitrone, Dani,Carlos,,
etc
Quand Casimir est remonté de
Marseille à la SFP vers 1975,
le planning ma proposé
de travailler sur lémission
(ça nétait pas un
plein temps, cétait au
rythme
des tournages aux studios de Joinville)...Ca
a bien collé avec Christophe.
Que
faisiez vous avant de collaborer à
cette équipe ?
Assistant-réalisateur sur tout
ce qui se faisait à la télé
à lépoque .
Il ny avait pas de spécialisation :
fiction quon appelait pas encore
télé-film
dramatiques en studio, documentaire,
variétés,etc
Sur quels programmes avez vous
travaillé en particulier?
La lanterne magique. L'Ile aux enfants.
Village dans les nuages.
La lanterne magique : cétait
du film.
Casimir, Village dans les nuages :
cétait de la vidéo
multicaméra.
Ca se rapproche des conditions de tournage
actuelles du sitcom, mais avec
les problèmes des marionnettes
en plus.
Combien
de temps avez vous travaillé
sur les émissions de Christophe
Izard ?
pour Casimir : un an ou deux vers
78,79 (ponctuellement).
A temps plein pour le Village (de 82
à 85 ).
Une fois (un peu plus tard) sur Dingue-
dongue.
Quel
était votre rôle exacte
au sein des équipes de Christophe
Izard ?
Assistant-réalisateur,
jétais lassistant
du réalisateur et non de Christophe.
Cependant, pour Le village
dans les nuages, qui se tournait régulièrement
aux Buttes, un poste dassistant
réalisateur à plein
temps a été nécessaire.
Je partageais donc le bureau de Christophe
avec ses assistantes comme Joëlle
Bellayer. On travaillait en équipe.
Cest sur la même émission
que je suis devenu réalisateur
(en 1983).
La seconde assistante-réalisatrice
habituelle, Elena Racheva est alors
devenue première assistante.
Vous
étiez donc au départ assistant-réalisateur
sur lIle aux enfants, puis vous
êtes devenu réalisateur
sur le village
Pouvez vous expliquer aux néophytes
que nous sommes en quoi consiste techniquement
le travail de lassistant-réalisateur
et celui du réalisateur ?
Lassistant prépare le tournage :
recensement des accessoires, costumes,
lieux de tournage (en extérieur).Il
établit un planning de la présence
des comédiens
en fonction du scénario. (plan
de travail).Sur le plateau, il coordonne
les différents
corps de métier en fonction des
demandes du réalisateur, il veille
à ce que planning
soit respecté, il établit
le planning du lendemain en fonction
des aléas du tournage
(retard éventuel, etc..) :
cest la feuille de service.
Le réalisateur met en scène
les comédiens : déplacements,
indications de jeu, etc
Il choisit également les caractéristiques
de limage : emplacement de
la ou des
caméras, grosseur des plans,
panoramique, travelling, etc..
Il choisit également les caractéristiques
de l'image et du son.
Nos émissions se faisaient en
multicaméras (trois caméras :
à lépoque ça
coûtait cher
on allait rarement au delà de
cinq).
Ca permet des minutages importants (20
minutes par jour alors quon faisait
à lépoque environ
4 minutes en mono caméra film).
Mais cest un exercice assez difficile
pour le réalisateur qui doit
commuter entre les caméras en
temps réel (piloté par
la script qui a noté le « découpage »
(ordre et fonctions des caméras
et qui indique à lavance
aux cadreurs ce quils ont à
faire). Un réalisateur un peu
expérimenté se permet
des improvisations
A lépoque,
il y avait très peu de temps
de montage (cher et compliqué).
On pouvait donc corriger quelques petits
défauts après coup, mais
très peu.
Aujourdhui, il ny a plus
de vrai enregistrement « dans
les conditions du direct »,
on enregistre chaque caméra et
tout se fait au montage. Cest
beaucoup plus facile et le résultat
est meilleur. On a perdu peut-être
un peu de spontanéité
et lamour du « sport »,
du « sans-faute »
en direct.
Comment
définiriez vous Christophe Izard
en tant que producteur ?
Il est un modèle reconnu de toute
la profession. Il a formé un
nombre impressionnant dassistants
et dassistantes à la production
qui sont souvent devenus de grands professionnels
comme Catherine Malaval. Il a lancé
des présentateurs vedette.
Il a également lancé de
nombreux réalisateurs (dont moi
).
Il était très aimé
en tant que patron, car il savait exactement
ce quil voulait, connaissait tous
les métiers. Il était
lui-même réalisateur (en
régie) du Village dans les nuages
de temps à autre et se débrouillait
très bien. Il pouvait être
dur en cas dindiscipline ou dincompétence,
mais ceci était respecté
car on savait ,car il avait très
généralement raison.
Cétait également
un grand scénariste avec la rapidité
que lui avait enseigné sa formation
dans la presse écrite :
il réécrivait un scénario
en 3 minutes sur un coin de table.
Et noublions pas Christophe convivial,
les pots de fin de tournage, les dîners
chez lui.
Quelles
étaient les conditions générales
de travail ?
Les normes de production étaient
très dures pour les comédiens :
20 minutes de fiction fabriquées
par journée, dans les conditions
du direct comme on dit maintenant
ça
voulait dire des tartines de texte à
apprendre. Et puis, la torture des costumes
, la chaleur pour Yves Brunier et Camoin
et les autres marionnettistes des grandes
marionnettes
Pour les techniciens, cétait
plutôt facile. Pour les réalisateurs,
sur Casimir il fallait aller très
vite et seuls les bons réalisateurs
de.multicaméra sen sortaient.
Pour le Village, cétait
plus facile .Il y avait de la marge.
Il suffisait dêtre un bon
pro. Jai pu apprendre tranquillement
le métier , entouré et
protégé par mes copains
de la SFP.
Il y a un moment que jaime bien
dans le film de Tavernier sur les studios
de Boulogne pendant la guerre de 40.
Le héros est un assistant-réalisateur
qui passe réalisateur parce que
le réalisateur nest plus
en état de travailler.
Jai connu exactement ça.
Tous les copains vous encouragent, sont
aux petits- soins.
Vous avez limpression dêtre
un nabab qui na quà
lever le doigt
Vous avez peur et en même temps,
vous êtes sur un nuage.
Pouvez vous nous indiquer sommairement
le nombre de postes nécessaires
à la réalisation totale
dun tel programme, et leur travail
respectif ?
Quand
je vois les génériques
daujourdhui (avec des dizaines,
voir plus de cent postes), je me demande
comment on peut prétendre que
nous nétions pas rentables
.
Sur le Village (les nombres sont
approximatifs)
- Un directeur de la photo (qui assure
la lumière) avec 3 ou 4 électriciens
- Un chef opérateur du
son avec trois assistants (comme le
réalisateur ,il doit commuter
entre les micros au moment du tournage,
avec la contrainte des micros HF et
les effets sonores à envoyer
en direct (il ny avait pas de
mixage son ultérieur) cétait
sans doute lui qui avait le plus de
boulot.
- 3 (ou 4) cadreurs avec leurs travellistes :
sur le Village, on avait une grue avec
laquelle je me suis beaucoup amusé
à faire des beaux mouvements ;
cest sur le Village quest
apparue la première femme chef-opérateur
du son en multicaméra de la SFP ;
- un accessoiriste (meubles et accessoires
fourni par lensemblier
- un machiniste de plateau (petites
modifications, maintenance du décor)
- deux habilleuses (costumes fournis
par le costumier)
- une maquilleuse
- un chef de plateau
- les techniciens de la vidéo :
réglage des caméras, enregistrement
sur magnétoscope.
- lassistant réalisateur
avec le deuxième assistant
- les assistantes de production (une
par tournage), il de Christophe
sur le tournage
- un balayeur.
Ultérieurement, il y avait du
montage, mais uniquement pour assembler
les séquences et les intercalaires.
Comme déjà indiqué,
était « tolérés »
des petits correctifs au tournage mais
très, très peu..
Avez vous participé à
la réalisation des séquences
intercalaires de Casimir ou du village ?
Non
Dans
quelles conditions étaient elles
réalisées ?
Dessins animés fabriqués
par des sociétés privées
donc en dehors de la SFP.
A noter les petits spots drôlissimes
de Jean-Louis Fournier , lami
et le mentor de Desproges (Les boules
et les cubes, la Vache Noiraude...).
Ou était tourné
le village dans les nuages ?
Studio 16 Buttes-Chaumont. Décor
fixe (en général les décors
étaient démontés
entre les tournages pour laisser la
place à un autre tournage, par
exemple pour Casimir, mais pour le Village,
cétait un décor
fixe, qui a donc beaucoup marqué
les Buttes à cette époque.).
Il faut se rappeler que presque toute
la télévision (les trois
chaînes) sauf le journal
télévisé se faisait
aux Buttes-Chaumont : studios vidéo,
salles de montage, bureaux.
Seul le film (télé-films,
documentaires) se faisait dans les emprises
de Joinville
puis Bry sur Marne.
Auriez vous déventuelles
anecdotes cocasses, inattendues, ou
malheureuses arrivées lors des
séances de tournages ?
Il faudrait que je raconte ma vie
- Sur L'Ile aux enfants 1 sketch (Casimir)
où Terrangle (Du Snob) faisait
du trapèze. Il est tombé
sur la tête et on a eu très
peur.
- Sur le Village, on envoyait les effets
sonores en direct. Un scénariste
avait imaginé un sketch avec
une vache (ça a été
difficile pour Scheigam ( Emilien )qui
était à portée
de coup de sabots), mais surtout quand
lingénieur du son a envoyé
un meuglement sur le plateau pour faire
un essai, la vache a cru que cétait
une copine et sest mise à
lui répondre et à sagiter
- Casimir : le dernier sketch a
failli être inédit et porno
(soft) , cétait un projet
des comédiens, mais une grève
nous a perturbé, et puis je crois
quils se sont un peu dégonflés.
Ce
que jaurais à dire tient
à la bêtise de ceux qui
croyaient mieux faire quIzard.
En 85, Izard a été remercié
et jai participé à
lexpérience des Botes (Jean
Chalopin, alors basé aux Etats-Unis)
. Son équipe pensait faire le
même genre de programmes, elle
a repris, en gros, les mêmes marionnettistes,
mais quand les costumes sont arrivés
des Etats-Unis fabriqués par
les gens qui avaient fait E-T, ils étaient
si compliqués que les comédiens
ne pouvaient pas y rentrer.
Au cinéma, on fait couramment
des plans de quelques secondes. Dans
le système « Izard »,
il fallait rester plusieurs minutes.
Les costumes, quoique pénibles
à bouger, étaient conçus
pour ça. Le « cartoon
en prise de vue directe »
de Chalopin a été un fiasco.
Comment se déroulaient
les tournages ?
Casimir comme le Village dans les nuages
était basé sur le système
en usage à lépoque :
(Si ma mémoire est exacte) :
Pour Casimir
1 journée de répétition
sans caméras
2 jours de tournage pour 5 épisodes
(horaire 12H30-19H30) soit 20 minutes
de programmes fabriqués par jour.(pratiquement
sans montage).
Pour le Village
2 jours de répétition
sans caméras
3 jours de tournage pour 7 épisodes
(horaire idem et minutage utile idem).
Au moment du tournage, on faisait une
mise en place sans costumes, puis les
comédiens shabillaient
pendant que le directeur photo corrigeait
la lumière. .
Il fallait éviter de faire plus
de deux prises si on ne voulait pas
que les comédiens soient définitivement
épuisés.
Le principal problème étaient
les micros HF dissimulés dans
les costumes.
Sous leffet de lhumidité
(dû à la sueur), ils tombaient
souvent en panne. Il fallait soit les
changer, soit les vaporiser. Cela ralentissait
le tournage et surtout prolongeait le
« supplice » des
comédiens.
Dans certains épisodes
de Lile aux enfants, Léonard
est placé dans une petite voiture
et se déplace ainsi à
divers endroits de lile, comment
est manipulée léonard
lors de ces séquences inhabituelles
?
Je ne me souviens pas davoir tourné
ça personnellement.
De
même pour le village dans les
nuages, parfois Emilien ou Oscar sortaient
de leur maison, et on les voyaient assis
sur des chaises, les jambes tout à
fait visibles comment étaient
donc manipulées ces marionnettes
dans ces positions ?
Le marionnettiste a une main dans la
tête du personnage, une autre
dans une main.
Il reste donc une main « inerte »
et les jambes. Quand on les voit bouger
, ça suppose un deuxième,
voire un troisième marionnettiste
« assistant ».
A noter que les costumiers dont Jean
Bouhour (et notre chef-habilleuse, Marie-Claude
Nègre) samusaient beaucoup
à confectionner des tenues souvent
très drôles .
Quavez vous fait après
larrêt des émissions
de Christophe Izard ?
Cétait la fin du Service
public . Cest à mes yeux
une qualité supplémentaire
de Christophe Izard que ne pas avoir
fait son trou dans un système
commercial
quil voyait pourtant arriver avec
bienveillance.
Moi, jai eu le bon réflexe
de me réfugier très tôt
sur France3 en région. Quand
jai Christophe au téléphone,
il me demande avec une sorte de remord
si tout va bien, sans doute parce quil
a vu un certain nombre de réalisateurs
lancés par lui se retrouver au
chômage. Moi, jai fait plusieurs
dizaines de documentaires, plusieurs
milliers dheures
de direct.
Vivement la retraite
mais tout
va bien, Christophe.
Avez
vous gardé le contact avec dautres
membres des équipes dIzard ?
De loin en loin. Pas de vieille amitié.
Anecdote :
les marionnettistes à main qui
ont fait la célébrité
de « Nulle part ailleurs
» viennent de léquipe
dIzard (Boris Scheigam, Alain
Duverne).
Quand je suis parti pour France3 Dijon,
ils ont fait un sketch avec un journaliste
habillé « plouc »
(allure que je cultive personnellement).
Il était dit dans le sketch « tas
le costard dun type en partance
pour France3 Dijon ».
Je ne sais toujours pas comment je dois
prendre cela, alors je prends ça
pour une marque damitié
Dune
manière générale
que pensez vous de la télé
daujourdhui ?
Ce que tout le monde pense.
Plus
spécifiquement que pensez vous
de la qualité actuelle des programmes
pour enfants à la télé ?
Je ne regarde pas trop. Izard était
partisan de programmes « doux ».
Il avait appris son métier auprès
de léquipe américaine
de Sesame Street dont le but était
dutiliser la télé
pour combler le fossé culturel
entre enfants riches et enfants pauvres.
Il respectait les avis de la commission
chargée de contrôler la
bonne tenue des programmes pour enfants.
On sait que tout ça a été
balayé par la télé
commerciale.
Pensez
vous que des programmes dans le genre
de lîle aux enfants ou du
village dans les nuages auraient encore
leur place sur une chaîne de télé
aujourdhui ?
Bien entendu. Mais il faudrait déjà
éliminer la pub, qui se confond
totalement aux yeux des enfants avec
ces programmes
Avez
vous remarqué le nouvel intérêt
porté en particulier aujourdhui
par des jeunes gens âgés
denviron 25/35 ans, sur les programmes
jeunesse des années 70/80, et
que lon retrouve déchaînés
dans les soirées gloubiboulga
night, et quen pensez vous ?
J'ai souvent eu de jeunes assistants,
assistantes, techniciens, techniciennes,
que jimpressionne beaucoup .
Cest gratifiant
Pensiez
vous que ces programmes auraient un
tel impact à lépoque ?
Pour Casimir, on voyait bien que ça
resterait à la mode très
longtemps
que ça entrerait
dans la légende. Il faudrait
dailleurs revoir et sélectionner
certains épisodes. Entre le texte
et la folie douce des deux premiers
marionnettistes, il passait parfois
une dose de « non-sens »
anglais, un peu de Lawis Caroll, un
peu des frères Marx.
Ce
texte est la propriété
de son auteur et ne peut être
réutilisé sans son autorisation
Jean-Paul Potonet ©
Site internet du Village dans les nuages
pour Casimirland.com
Interview Réalisée par
Emmanuel Varin© Octobre 2004
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